0176340057

Lundi-vendredi : 14h-22h
Appelez un conseiller

Temazcal en Equateur : un retour aux origines

0 Flares 0 Flares ×

Depuis que je suis arrivé en Equateur, je suis intrigué par les pratiques rituelles ancestrales qui sont encore pratiquées dans certaines parties du pays. Aujourd’hui, je souhaite vous raconter mon expérience de la cérémonie du Temazcal, ce voyage “intérieur”, cette “purification du corps et de l’esprit” dans une hutte autour de pierres ardentes… Le jour J, je me retrouve en train de sonner à la porte de ce “docteur” dont on m’a communiqué les coordonnées pour la cérémonie. On m’ouvre et on m’emmène vers le jardin où un feu de camp est en train de brûler. Je remarque que je suis le premier arrivé et commence à converser avec un garçon qui me dit être l’assistant du docteur pour le Temazcal. Il m’explique que le feu sert à chauffer les pierres qui serviront pour le sauna. Je ne sais toujours pas à quoi ressemble ce sauna, ni comment se déroulera la cérémonie. C’est alors qu’il me montre du doigt une petite maisonnette circulaire en pierre au fond du jardin qui ne doit faire pas plus d’un mètre de hauteur. L’entrée est une petite ouverture ovale dans le mur, par laquelle il faut ramper pour pouvoir passer. Préférant toujours demander avant de faire quelque chose d’inapproprié, je demande si je peux prendre des photos, et il me répond que oui.

Finalement, au bout de 20 minutes, tous les participants à la cérémonie sont là, et le docteur nous demande de nous mettre en maillot de bain. On se réunit autour du feu et la cérémonie commence alors. Le docteur (les autres participants l’appellent “Taïta”, ce qui veut dire “Père” en quechua) nous dit de faire une fois le tour de la maisonnette, puis d’y rentrer par la “porte”. Je demande à l’homme derrière moi ce que signifie ce tour de la hutte de pierre, et celui-ci m’explique que la maisonnette représente le ventre de la mère et que l’on y rentre pour y mourir une première fois avant de renaître à la fin de la cérémonie. Je me mets à quatre pattes pour réussir à rentrer et m’installe derrière une autre personne.


Nous sommes tous assis en tailleur à même le sol autour d’un trou fait dans la terre. La terre est humide, j’ai un peu froid et je me sens sale. On me dit que la cérémonie va durer deux heures. L’atmosphère me paraît un peu “étrange”, avec toutes ces personnes assises en cercle, les femmes ayant revêtu des toges blanches qui leur tombent aux chevilles. Le docteur, au centre du groupe, commence alors à parler d’une voix étonnamment calme et lente. Il remercie tout le monde d’être venu et nous dit qu’il espère que cette cérémonie apportera beaucoup d’énergie positive à tout le monde. S’en suit un bref exposé du déroulement de la cérémonie. Le Témazcal se déroulera en quatre parties : la première célèbrera notre naissance, la deuxième l’adolescence, la troisième sera l‘âge adulte et enfin la quatrième notre vieillesse. Pendant ce temps, l’assistant apporte des pierres ardentes qu’il dispose au centre de la maisonnette à l’aide de cornes de cerf. Le docteur commence alors à se présenter. Il dit son nom, d’où il vient, ce qu’il fait et remercie le “Gran Espiritú” (Grand Esprit) de lui avoir donné la vie. C’est en fait l’équivalent d’une prière, puisqu’il demande à l’Esprit de lui accorder diverses choses, comme par exemple une cérémonie fructueuse et une longue vie à tout le monde. La personne suivante fait de même, puis l’autre après et alors arrive mon tour.

Panique ! Je ne sais quoi dire ! Je dis donc que je m’appelle Guillaume, que je viens de France et que je remercie le Grand Esprit pour m’avoir permis d’assister à cette cérémonie. Tout le monde y passe, chacun se présente. Puis, lorsque la dernière personne s’est présentée, le docteur ferme la porte de la hutte et commence alors à jeter de l’eau sur les pierres ardentes. L’obscurité est totale, on ne peut rien voir à part les pierres rougies par la chaleur. L’humidité se forme, il fait de plus en plus chaud. Je me sens un peu oppressé puisque je suis dans le noir entouré de gens qui vont effectuer une cérémonie dont je ne connais pas le contenu. Je peux sentir la chaleur humide qui commence à m’agresser. Ma tête est brûlante, je la baisse donc au niveau de mes genoux (l’air chaud monte, il fait donc plus frais au ras du sol). Mes yeux me brûlent, ma langue me pique, je me demande si je vais arriver à supporter cela pendant deux heures. En fait, j’ai peur de m’évanouir, tout simplement, puisque la chaleur est insupportable. Tout d’un coup deux voix s’élèvent, celle du docteur et celle d’une femme qui tient un tambour. Ils chantent, je ne comprends pas. Ce n’est pas de l’espagnol. Je me demande comment ils arrivent à chanter par cette chaleur ! J’ai du mal à respirer, je lutte pour ne pas m’évanouir. C’est mon obsession, je ne dois pas flancher. Les chants durent une demi-heure, moi je suis en train de me couvrir le visage tellement la chaleur est intense. Mon corps est couvert de transpiration, j’ai l’impression que je me déshydrate à grande vitesse. Des gouttes perlent devant mes yeux. Je me demande combien de temps je vais pouvoir tenir. Puis la porte s’ouvre, ce qui laisse rentrer l’air frais que je m’empresse de respirer à grandes goulées.

La première étape est terminée, la naissance fut décidément une expérience douloureuse et difficile, mais récompensée par l’air frais et la lumière de l’extérieur. Je vais mieux, je reprends des forces. Dix minutes s’écoulent où tout le monde se repose un peu. Personne ne sort de la hutte, c’est interdit. On apporte des pierres chaudes, on referme la porte. C’est reparti. Le docteur jette de la poudre sur les pierres ardentes, ce qui a pour effet de créer des étincelles de toutes les couleurs. Cela produit un effet magique, très agréable à l’oeil. Le Taïta, le docteur, demande à des volontaires de chanter. Bien sûr, je ne me propose pas ! Trois personnes se portent volontaires. La chanson qui m’est restée dans la tête fut la suivante, chantée par mon voisin :

La Tierra es mi abuela, ella es poderosa (La Terre est ma grand-mère, elle est toute puissante)
El Agua es mi abuela, ella es poderosa (L’Eau est ma grand-mère, elle est toute puissante)
El Fuego es mi abuelo, él es poderoso (Le Feu est mon grand-père, il est tout puissant)
El Aire es mi abuelo, él es poderoso (L’Air est mon grand-père, il est tout puissant).

Les quatre éléments sont ainsi vénérés et l’Homme est la combinaison de ces éléments. En l’absence d’un de ces éléments, la Vie n’est pas possible. Puis la porte s’ouvre à nouveau. L’air frais rentre encore une fois, mais là je me sens bien. Peut-être me suis-je habitué à la chaleur ? L’adolescence fut facile à passer… pas comme en France ! Dix minutes passent, pendant lesquelles le docteur nous distribue de l’eau sucrée.

La porte se referme, l’obscurité nous recouvre de son manteau mystérieux et angoissant. Le Taïta jette ensuite de l’eau sur les pierres, beaucoup d’eau. Je prends peur, je me dis qu’il fait trop chaud. J’ai mal à la peau, aux yeux, partout. Je me cache le visage dans les mains, mais la chaleur est insupportable. Des vagues de chaud recouvrent ma peau. J’ai l’impression d’avoir été jeté dans le foyer ardent. Les chants se poursuivent de manière soutenue, le rythme du tambour me force à me concentrer sur celui-ci et non pas sur mon corps torturé par la chaleur. Les gens chantent, ils vénèrent la Pacha Mama (Mère Nature en quechua). Moi j’ai l’impression que je vais bientôt rejoindre Mère Nature, car je suis en train de fondre et de retourner à la terre !

Au bord de l’évanouissement, je me dis que là c’est trop. Mais je lutte, car je réalise la chance que j’ai d’assister à cette cérémonie, à l’autre bout du monde. Puis la lumière se fait, accompagnée d’un air frais et salvateur. Je me précipite devant l’entrée, d’autres me suivent et nous respirons l’air frais avec un enthousiasme non feint. L’âge adulte est passé, nous allons enfin rentrer dans la vieillesse, afin de mourir et de renaître.

De nouveau l’obscurité se fait, mais cette fois-ci pas de chants ni de vapeur d’eau. Le docteur demande aux personnes présentes si elles ont des déclarations à faire, il demande à tout le monde d’ouvrir son coeur et de laisser libre cours à ses sentiments. Je me dis que c’est cela la vieillesse, c’est le temps du pardon, des déclarations sincères avant de quitter ce monde. Une femme prend la parole, elle commence à dire qu’elle souhaite une belle vie à ses parents, sa soeur, les bébés de ses amies, ses grands parents, et pendant qu’elle parle, elle éclate en sanglots. Elle désire ardemment que toute sa famille aille bien, car, comme me l’a dit le docteur, nous sommes tous unis, tous frères et soeurs en ce monde : si une personne souffre, l’équilibre est rompu et alors tout le monde le ressent. J’écoute les prières de cette femme tout en étant allongé sur le sol, sentant le contact de la terre conte mon corps. Je me sens un peu sale, bien sûr, mais ce contact contre le sol me réconforte. J’ai dû finalement comprendre la philosophie du Temazcal, puisque je me suis senti mourir, retourner à la terre, j’ai traversé des moments difficiles pendant cette cérémonie mais maintenant je me sens calme et relaxé.

En deux heures, j’ai traversé les quatre étapes de ma vie, accompagné des quatre éléments, la terre représentant mon corps, l’eau mon sang, le feu mon esprit et l’air, ma respiration. Je les ai ressentis de manière violente. Finalement, les gens commencent à sortir de la hutte, les femmes d’abord, et dans le sens des aiguilles d’une montre. Je sors en rampant tout autour du foyer de pierres pour rejoindre la sortie. J’ai effectué ma renaissance. Je vis à nouveau, je suis sorti du ventre avec une sensation de victoire.

Guillaume Ara – Quito, Equateur

Share Button

Laisser un Commentaire

L'Auteur

Viventura Reisen

viventura
viventura ist dein Spezialist für Rundreisen in Südamerika und bietet innovative Abenteuerreisen zu einem top Preis-Leistungs-Verhältnis. Dank einem Direktvertrieb und den exklusiven Büros vor ... En savoir plus sur l'auteur...

Suivez-nous !

Chercher

Vous aimerez aussi...

Equateur Galapagos 21j.

Tweeter @viventura_fr

viExplorer

Equateur Galapagos 21j.

21 jours, incl. vols inclus
Tout l'Equateur
  • 3 îles de l'archipel des Galapagos
  • Les volcans Cotopaxi et Chimborazo
  • Forêt amazonienne
  • Le train mythique 'Nariz del Diablo'

à partir de 4199 EUR