0176340057

Lundi-vendredi : 14h-22h
Appelez un conseiller

Pérou : La nouvelle haute société

0 Flares 0 Flares ×

Señora Luisa Gutierrez Bustamante fait partie de ce que l’on appelle au Pérou “la haute société”. Lorsque nous nous rencontrons pour la première fois elle se présente de manière tout à fait aimable tout en mettant en avant son fabuleux collier de perles. Sa maison se situe dans une zone privilégiée d’Arequipa, la deuxième ville du pays, et bénéficie d’un service de sécurité à la hauteur de la réputation de ce quartier nommé Challapampa. Il est également nécessaire pour posséder une villa digne de ce quartier de disposer d’une piscine, de plusieurs voitures américaines ou européennes et voire même d’exhiber sur le mur du salon de précieuses peintures relatant la conquête espagnole.

Les revenus du mari de Luisa permettent à toute la famille de s’offrir une très bonne couverture sociale, d’envoyer les enfants dans des écoles et universités privées de qualité et de les faire travailler ou voyager à l’étranger. En effet, la plupart du temps, la mère de famille aisée est mère au foyer et son mari occupe un poste haut placé tel qu’avocat ou médecin. Ne travaillant pas, l’épouse passe son temps libre entre cours de langue, spa, esthéticienne ou autre activité ayant pour objectif de s’embellir ou de se cultiver ; elle participe aussi souvent à des œuvres caritatives. Cependant, elle s’occupe aussi du bien-être de ses enfants vivant encore sous son toit, et ce parfois jusqu’à un âge plutôt avancé…

Comme dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, au Pérou, la différence entre la classe riche et la classe pauvre est beaucoup plus marquée qu’en Europe. S’il est possible de survivre ici avec moins de deux dollars par jour (chose impossible en France !), la haute société péruvienne n’a pas honte d’exposer sa réussite financière ou son héritage. Le modèle de vie qu’adopte cette partie de la population est tout ce qu’il y a de plus occidental, délaissant le folklore andin pour le confort d’une voiture américaine ou des produits de beauté français.

La famille Gutierrez possède aussi une maison de vacances au bord de la plage avec une ou plusieurs employées de maison, une piscine et vue sur l’océan. Un week-end, après avoir répondu favorablement à l’invitation de ses enfants, je suis allée passer un week-end à la plage. Naïvement je pensais que, comme tous les jeunes de notre âge, nous allions camper et nous nourrir des poissons que nous aurions péchés et fait griller sur un petit feu de plage… Il n’en fut rien ! J’ai eu droit à un bon lit, à une douche chaude et à un bon repas préparé par la cuisinière de Señora Luisa.

Ici sur la côte péruvienne, absolument toutes les plages sont publiques, nous dit la loi 26856. C’est pourquoi chacun est en droit de se demander pour quelle raison une partie de celles-ci, comme par exemple celles d’ “Asia”, à 100 km au sud de Lima, étaient auparavant officieusement réservées à la haute société qui, ne souhaitant pas se mélanger, avait simplement décidé d’en restreindre l’accès. Ces plages étaient donc surveillées par une sentinelle et fermées par des barrières qui filtraient les personnes qui avaient un “droit” d’accès ou non à la plage. Bien que Madame Gutierrez fasse partie de la catégorie des privilégiés y ayant accès, elle était tout aussi choquée que moi par le fait que certaines plages soient interdites aux personnes de catégories plus modestes.

Un changement eut lieu l’année dernière, le 28 janvier 2007, grâce à l’opération “Empleada Audaz” (“employée audacieuse”, soutenue par l’organisation Amnesty International) qui s’est déroulée sur une plage de la zone balnéaire d’Asia. Celle-ci avait pour but de protester contre l’interdiction d’accès aux plages de visiteurs de catégories modestes. L’opération a réuni plus de 700 personnes, dont une centaine de volontaires d’Amnesty International venus manifester contre cet “apartheid” et réclamer le respect des lois nationales sur cette plage que l’on peut qualifier de “Malibu péruvien”, un lieu symbolique représentant les privilèges des “riches blancs”… quoique plutôt bronzés après exposition au soleil péruvien lors de leurs après-midi de farniente, soulagés par la présence de la nourrice qui s’occupe de canaliser l’énergie des enfants pendant leur sieste

Les domestiques, quasiment toutes d’origine modeste et obligatoirement vêtues d’un uniforme et tablier, s’occupaient effectivement sur cette zone balnéaire de la progéniture de l’élite, sans pour autant avoir le droit de se baigner et de profiter au même titre des bienfaits de la plage. “Qu’une employée de maison ne puisse pas se baigner sur la même plage que les enfants dont elle a la garde relève d’une certaine culture de discrimination et de mauvais traitements qui existent dans notre pays” commente Susana Villaran, ex-ministre péruvienne de la Femme et du Développement Social qui se bat pour faire mieux respecter les droits de l’Homme au Pérou. Ruth, une nourrice, m’a raconté récemment ce qu’elle-même avait vécu ici-même il y a un an : “Un soir après le travail, j’ai voulu aller me détendre sur la plage mais ils m’en ont refusé l’accès alors que j’y avais passé tout l’après midi pour garder les petits-enfants de Mme Gutierrez !”. La situation des plages d’Asia, après l’opération “Empleada Audaz”, s’est heureusement beaucoup améliorée.

A la recherche d’informations sur la société péruvienne, je me suis rendue dans un de ces lieux de culte de la consommation avec l’intention d’observer les différentes catégories sociales qui s’y rendent et de me faire une idée des disparités qui existent au sein de la population d’Arequipa. Si je vous parle en particulier d’un hypermarché pour analyser la condition sociale de la population de la ville, c’est que nous avons observé au mois de décembre un phénomène surprenant : l’ouverture de “Plaza Vea”! L’inauguration de cet hypermarché à la pointe du progrès est un tournant, tant sur le plan économique que sur le plan de la modernité : l’offre y est variée et plutôt bon marché et c’est surtout un magasin populaire qui se targue d’être ouvert à tous, ce qui lui permet d’élargir sa clientèle tout autant que ses profits.

Dans ce centre commercial dernier cri se trouvent des produits jusqu’alors introuvables ailleurs qu’à Lima, la capitale. On y trouve appareils de technologie de pointe, chocolat suisse, foie gras, même du brie! Pendant une semaine, tout Arequipa s’est donné rendez-vous tous les jours à l’entrée du magasin. Présentes avant l’ouverture des portes, des centaines de personnes attendaient pendant des heures dans des queues d’une centaine de mètres pour avoir accès à tous ces produits, venus pour la plupart des Etats-Unis ou d’Europe.

Je pensais jusqu’alors que le nombre de grandes surfaces était fonction de la taille d’une ville. Par exemple, dans le sud de la France, à Agen, près de 35 000 habitants se partagent plus d’une dizaine de supermarchés munis de galeries. On est sûr d’y trouver de tout, pour tous les goûts et surtout pour tous les portes-monnaies, que ce soit des produits de beauté ou du matériel de quincaillerie. En revanche à Arequipa, un million d’habitants se partage seulement 5 supermarchés et quelques galeries marchandes, dans lesquelles se rendaient jusqu’alors seulement Luisa Gutierrez et ses semblables. En fait, la plus grande partie des habitants continuaient à se rendre dans les “tiendas” plus populaires de quartiers où les prix pratiqués sont nettement inférieurs à ceux des centres commerciaux. Ce nouveau hypermarché est censé regrouper toutes les catégories sociales et leur permettre de consommer sans distinction les mêmes produits, ce qui est ici une exception : je me suis rendue compte qu’en général, les riches Arequipeniens, à l’instar de Luisa, se mélangent peu avec les personnes ne faisant pas partie de la même catégorie sociale.

Alan Garcia, au pouvoir depuis le 28 juillet 2006, a mis l’accent sur une politique sociale avec l’intention de diminuer ces grandes inégalités. La pauvreté n’a certes pas diminué, toutefois la classe aisée elle s’est élargie, signifiant un enrichissement global du pays. Pourtant, près de la moitié de la population péruvienne vit encore en dessous de 2 $ par jour et par personne et 25% en dessous du seuil de pauvreté extrême de moins de 1 $ quotidien. On ne peut nier que l’accroissement des richesses au Pérou soit un succès des programmes économiques initiés par le président Garcia et par son prédécesseur Alejandro Toledo. L’effet secondaire de cette politique fut l’expansion de cette catégorie que l’on appelle “les nouveaux riches”.

En analysant justement ce développement, on remarque un nouvel essor, particulièrement à Arequipa : on construit et on consomme d’avantage. C’est le moment pour les Arequipéniens de faire fructifier leur capital, d’investir et de surfer sur la vague de la croissance économique. Mais cela ne reste possible que pour une certaine classe de la population, dont fait partie la famille de Luisa : celle qui a les ressources financières, c’est-à-dire l’élite. Finalement, ceux qui profitent le plus de l’enrichissement du pays restent ceux qui font partie de la catégorie la plus aisée du pays.

Une grande partie de la population, comme par exemple les communautés du Lac Titicaca, continuent de subir de plein fouet les disparités sociales. Depuis que je vis ici, j’ai rencontré différentes catégories de la population péruvienne. Grâce à ces entretiens, entre autres avec Señora Luisa à Arequipa, Ruth la nounou et aussi lors de mes voyages avec les habitants du lac Titicaca, je me suis rendue compte de la chance que j’ai eu en France. Ici il n’est pas donné à tout le monde d’avoir accès à l’éducation, à l’eau courante et à l’électricité et d’avoir le choix des études à suivre afin de s’orienter vers une carrière qui nous plait. Et surtout, j’ai pu constater qu’ici, j’appartenais à la catégorie aisée, au même titre que Luisa Gutierrez Bustamante … alors que jamais, avant de vivre au Pérou, je n’avais réalisé que je faisais partie des privilégiés!

Share Button

Laisser un Commentaire

Suivez-nous !

Chercher

Vous aimerez aussi...

Pérou Sud 15j.

Tweeter @viventura_fr

viExplorer

Pérou Bolivie Chili 21j.

21 jours, incl. vols inclus
La trilogie andine
  • Cuzco & Machu Picchu
  • Salar d'Uyuni & Sud Lipez
  • Les lignes de Nazca
  • Désert d'Atacama

à partir de 3690 EUR